Chagrin d'école

Publié le par Delphine la bacotte

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Je fais partie des inconditionnels de Daniel Pennac. Je n'ai pas tout lu, loin s'en faut, mais j'ai adoré ses romans (ah, la saga Malaussène...), essais et autres. Truculence, humanisme, la comédie humaine du 20è siècle, sa tendresse pour les gens simples et son Belleville... C'est surtout sa profonde tendresse et sa grande tolérance que je retiens de ses livres.

En refermant "Comme un roman", j'avais été prise d'une boulimie de lecture. L'excitation, l'envie de découvrir de nouveaux textes... Ah, si on avait tous eu un prof de français comme lui, combien d'entre nous auraient pu découvrir qu'au fond, lire n'était pas la prise de tête qu'ils s'étaient imaginés.

En refermant Chagrin d'Ecole, j'avais presque envie de devenir prof, c'est dire ! En tant que mère d'un futur écolier/collégien/lycéen/étudiant (enfin, j'espère !) j'ai la ferme intention de garder précieusement ce petit livre comme un pense-bête pour guider au mieux mes petits dans la découverte de l'Ecole. 

Pennac y retrace son parcours de cancre (et sévère, le cancre !) et comment, grâce à trois ou quatre professeurs, il est devenu prof à son tour alors que 10 ans plus tôt il flirtait avec la délinquance. La souffrance du cancre, son exclusion, son masque bravache d'arrogance et de provocation, il les dépeint d'autant mieux qu'il les a vécus lui-même. Et il raconte comment, pendant toute sa carrière, il a essayé de sauver d'eux-mêmes des centaines de gamins identiques à l'enfant qu'il était, ses succès, mais aussi ses quelques échecs. Comment il lui fallait trouver des solutions pour arriver à communiquer avec les plus réfractaires d'entre eux, et les faire réaliser que non, ils n'étaient ni nuls ni cons. 

Et encore une fois, le livre déborde de ce que j'appellerais de l'empathie, à défaut de dire l'amour, même si lui n'hésite pas à employer ce terme. Etre à ses élèves, totalement là, avec eux, pendant qu'il leur fait cours, voilà le premier impératif. Parvenir à les rendre présents, le temps d'une ou deux heures de cours, quels que soient les problèmes-parfois très lourds- qu'ils peuvent avoir en-dehors ou dans l'école, voilà le 2è impératif. Ne jamais en laisser tomber aucun, le 3è impératif : refuser la fatalité, la résignation du "avec celui-là je n'arriverai à rien". 

C'est dans ces pages que l'on réalise à quel point ce métier est magnifique, notamment par ce pouvoir qu'il a de révéler certains gosses à eux-mêmes, de les faire se dire "je PEUX y arriver". Magnifique et difficile, ô combien. Ce n'est pas donné à tout le monde d'être capable de transmettre la passion d'apprendre. C'est pourquoi, si autour de vous voyez des jeunes gens vivants, tournés vers les autres, confiants et animés par la passion de communiquer ce qu'ils aiment, il faut les convaincre de changer de métier et de devenir prof ou instit' ! Il y a des tonnes de gamins sur les bancs des écoles françaises qui ne s'en sortiront pas si ils n'ont pas la chance de rencontrer un jour un Daniel Pennac.

Publié dans Bouquiner

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Delph 03/12/2007 22:34

Merci Silvi de votre commentaire et ravie que vous en ayez fait un, c'est motivant !

silvi 29/11/2007 22:49

j'abondonne dans votre sens, j'ai beaucoup aiméce livre